Des paniers d’urgence pour faire face à une crise qui s’intensifie

Des paniers d’urgence pour faire face à une crise qui s’intensifie

Pour atténuer les effets de la crise sur nos bénéficiaires, nous avions mis en place dès mars 2020 des distributions hebdomadaires de nourriture. Le Bayon s’était ainsi mobilisé pour racheter une partie de la production de légumes cultivés par les farmes que nous accompagnons dans le cadre du programme Green Farming, afin de les redistribuer gratuitement, chaque semaine, aux familles de nos bénéficiaires. Cette initiative représentait pas moins 300 kg de légumes par semaine et permettait à ces femmes qui travaillent ardemment de continuer à générer un revenu tout en fournissant une nourriture variée aux familles. Pour celles qui avaient vu leurs conditions de vie se dégrader sévèrement à cause de la crise, des distributions bi-mensuelles de riz, dont la quantité est déterminée en fonction du nombre de personnes composant le foyer, étaient également effectuées en complément.

Aujourd’hui, face à une situation qui persiste et s’aggrave chaque jour, cette aide ne suffit plus à assurer une alimentation décente à la plupart des familles que nous soutenons. C’est pourquoi nous avons décidé de renforcer les distributions de légumes, étendre celle de riz à tous nos bénéficiaires et proposer également des compléments alimentaires sous forme de paniers repas d’urgence. A minima, cette initiative sera maintenue jusqu’à la réouverture des écoles afin de soulager les familles qui doivent désormais prendre à leur charge ces repas supplémentaires.  Elle permettra également de s’assurer que les enfants disposent toujours des ressources nécessaires à leur bon développement.

 

Parce qu’une alimentation saine et un soutien des familles sont des facteurs clefs dans la réussite scolaire de l’enfant, nous nous efforcerons toujours de leur donner les moyens de se nourrir et vivre dignement.

L’Ecole du Bayon, de l’expérience à l’apprentissage

L’Ecole du Bayon, de l’expérience à l’apprentissage

Témoignage de Romain, chargé de projet santé et social depuis plus d’un an et demi à l’Ecole du Bayon, et dont l’aventure se termine aujourd’hui. Il revient sur son parcours et son expérience ici au Cambodge.

Après plus d’un an et demi à l’Ecole du Bayon, il est venu pour moi le moment de clore ce chapitre et d’entamer une nouvelle page, avec d’autres projets en France.

C’est avec le cœur lourd que j’écris ces quelques lignes sur mon expérience. Et avec tristesse que je quitterai ce beau pays ! D’abord, parce que je ne reverrai pas les écoles ouvertes. Ces enfants, courant, jouant, criant, riant, en un mot heureux d’être à l’école. Ces jeunes femmes, à la conquête d’une vie meilleure, partageant des moments de complicité malgré la barrière de la langue. Des souvenirs joyeux, qui remontent déjà à plusieurs mois, mais que je chérirai pour longtemps. Ensuite, parce que les Cambodgiens, qui ont tant souffert dans un passé pas si lointain et affrontent une nouvelle crise d’ampleur m’ont beaucoup appris sur la vie, la joie, la tristesse, etc. Avec un sourire toujours accroché sur leurs visages, ils traversent les épreuves là où beaucoup auraient déjà flanché. Grâce à eux, c’est avec un œil neuf et une pensée différente que j’aborde le futur !

J’ai eu la chance, grâce à la souplesse du Bayon, de naviguer à travers les programmes, d’abord par la réalisation d’un diagnostic du projet Santé et l’accompagnement des activités sportives et artistiques à l’école primaire, ensuite comme « facilitateur » auprès de l’équipe sociale et par la mise en place de la base de données médico-socio-éducatives, et enfin en charge du projet de coopération entre BED et PSE Siem Reap. J’ai pris plaisir à travailler avec chacun ; tous ces collègues plus impliqués les uns que les autres et qui font vivre cette belle histoire qu’est le Bayon.

Attention, tout n’a pas été facile. Nouvelle culture, nouvelles façons de travailler ; loin des mentalités françaises et de ma première expérience professionnelle. Il faut donc s’adapter, mais qu’est-ce qu’on en ressort grandi. Quel plaisir ensuite de voir se réaliser les projets pensés et mis en place main dans la main avec les Cambodgiens !

Ensuite est arrivé le COVID-19, tout a été perturbé ; les plans à 3 ans tombent à l’eau, les projets sont chamboulés, les priorités changent, les actions doivent être réadaptées quotidiennement. Les équipes éducatives se sont employées à expérimenter et innover pour trouver toutes les solutions possibles afin de limiter le retard scolaire engendré par les fermetures d’école. L’équipe sociale et santé s’est démenée pour apporter l’aide nécessaire aux familles, ici en riz, là en légumes avec l’aide de l’équipe green farming, ailleurs en soutien médical, etc. Pour cela, nous pouvons leur tirer un grand coup de chapeau. Malgré une situation qui s’améliore nettement en France, avec des restrictions qui disparaissent les unes après les autres, n’oublions pas que ce virus continue de faire des dommages dans d’autres régions du monde, parmi les plus pauvres malheureusement. Ici, malgré le faible nombre de cas et de décès pour le moment, l’éducation d’une génération est sacrifiée… Les inégalités, déjà criantes, vont s’accroitre. Le futur s’annonce complexe. Plus que jamais, le rôle de l’Ecole du Bayon sera indispensable.

Mais dans chaque crise, il y a des opportunités à saisir. Pour Siem Reap, qu’un nouveau modèle touristique s’impose et bénéficie au plus grand nombre. Pour le Bayon, que cette période extrêmement difficile ait rendu notre modèle plus résilient et nos équipes plus soudées, au profit des bénéficiaires.

Malgré la tristesse du départ et l’appréhension du retour en France, c’est avec fierté que je mesure le chemin parcouru. Fierté d’avoir mis à profit mes compétences pour les plus défavorisés ! Fierté d’avoir réussi à m’intégrer dans cet environnement multiculturel ! Fierté d’avoir contribué à tous ces beaux projets !

Pour conclure, en premier lieu, je souhaite le meilleur à tous les élèves présents et futurs du Bayon, qu’ils soient à l’école primaire ou dans le programme Follow-up ; qu’ils soient à l’université ou en formation professionnelle. Je sais qu’ils seront encadrés au mieux par l’équipe pour leur permettre d’atteindre leurs rêves.

Enfin, je remercie tous mes collègues, membres de la famille Bayon ici au Cambodge, pour leur accueil chaleureux et leur générosité. Je ne vous oublierai pas, et je continuerai de suivre vos nombreuses réussites de loin !

Fier d’être enseignant et de participer au changement

Fier d’être enseignant et de participer au changement

La parole est donnée à Chamrong Youn, professeur d’anglais à l’Ecole de Pâtisserie du Bayon depuis 2018. Fier d’être aujourd’hui enseignant auprès des jeunes filles de la formation, il revient sur ses débuts, et sur l’évolution de son travail auprès d’elles.

Ma première expérience avec les élèves de l’école a été particulière, dans le sens où j’ai rencontré des jeunes femmes relativement timides, peu confiantes dans leurs capacités à apprendre et ne parlant pas un mot d’anglais. Aucune d’entre elles n’avaient terminé le lycée, et c’était la première fois dans ma carrière que je travaillais avec de jeunes adultes : j’étais auparavant habitué à enseigner auprès des enfants.

Très vite, cette appréhension s’est transformée en un véritable engagement, au fur et à mesure de notre travail ensemble. Toutes ces jeunes filles sont issues des milieux les plus défavorisés au Cambodge, c’est pourquoi je considère qu’il est de ma responsabilité de les aider du mieux possible.

J’essaie de toujours donner le meilleur de moi-même lorsque j’enseigne, afin qu’elles puissent vivre au mieux leur vie future et atteindre leurs objectifs professionnels.

Ce n’est pas toujours facile parce qu’elles ont beaucoup de difficultés, notamment dans la situation actuelle ; mais après de nombreux mois de travail, beaucoup d’efforts de leur part et la reconnaissance de leurs progrès, je suis fier de dire qu’elles parlent anglais avec confiance et que grâce à cela, elles peuvent travailler dans des hôtels et des restaurants célèbres.

Je suis reconnaissant d’avoir l’occasion de travailler avec ces élèves et d’avoir un impact positif sur leurs projets futurs. J’espère continuer encore longtemps à aider d’autres jeunes femmes de mon pays à atteindre leurs objectifs professionnels.

De l’importance d’une base de données

De l’importance d’une base de données

Pinelopi, stagiaire à Bayon Education & Development (BED) pendant 6 mois, nous parle de la base de données qu’elle a créée pour permettre la centralisation des données relatives à nos bénéficiaires. Une tâche qui a première vue paraît évidente, mais qui s’avère à la fois complexe, technique mais aussi vitale pour améliorer la qualité des programmes que nous mettons en œuvre.

En septembre 2020, je suis arrivée à BED pour concrétiser un outil sollicité par les membres des équipes sociales et de santé. Le projet ? Développer et mettre en place une base de données qui permettrait de regrouper et d’organiser les données collectées sur les bénéficiaires ainsi que d’aider aux besoins de suivi et d’évaluation de BED.

La base de données et son contenu

La base a été construite à l’aide d’un logiciel en ligne appelé TeamDesk. Un outil personnalisé pour refléter les besoins de BED en matière de collecte de données et d’organisation de trois composantes principales : sociale, santé et éducation.

Tout au long de leur scolarité, de la maternelle à la douzième année (équivalent de la fin du lycée), et dans certains cas jusqu’à l’université, les bénéficiaires sont suivis par l’équipe de travailleurs sociaux, de professionnels de la santé et d’éducateurs de BED. Les données sociales, de santé et d’éducation collectées par nos équipes sont essentielles au bon suivi de chaque bénéficiaire ainsi qu’à l’évaluation de l’efficacité et de l’impact de nos programmes. Ainsi, la base de données stocke actuellement les informations des bénéficiaires inscrits dans nos programmes d’école primaire, de suivi et d’université (372 élèves et 242 familles).

Pourquoi une base de données ?

Avant la mise en place de la base de données, BED cherchait un moyen d’améliorer sa stratégie de suivi, d’évaluation des bénéficiaires et de ses programmes. Étant donné que les renseignements étaient recueillis par différentes équipes et qu’ils étaient auparavant stockés dans plusieurs fichiers Excel sans lien entre eux, l’analyse des composantes de la collecte de données s’avérait difficile. De plus, il était compliqué de partager les informations entre les équipes.

Enfin, de nouveaux dossiers étaient créés chaque année, ce qui rendait d’autant plus complexe le suivi des élèves et des familles dans le temps et l’évaluation de l’impact et de l’évolution du BED.

Par conséquent, la nouvelle base de données devait répondre à trois besoins fondamentaux :

  • la capacité de stocker et de relier les données des bénéficiaires en un seul endroit
  • de conserver un historique des données collectées,
  •  Facilité l’analyse de ces données.

Valeur et impact

 Au sein de la base de données, chaque élève et chaque famille dispose d’un dossier personnel qui regroupe les informations collectées par les équipes tout au long de leur prise en charge à BED. Ceci a deux implications importantes :

  • l’équipe a accès à un dossier complet pour suivre chaque élève et famille et
  • les informations relatives aux bénéficiaires ou à un programme peuvent être suivies au fil des années.

Outre l’impact sur l’organisation et le suivi des données, la base a également influencé la manière dont chaque équipe recueille ses données. Les enseignants de l’école primaire peuvent désormais enregistrer les présences et les résultats des examens directement sur leur téléphone ou une tablette, les visites médicales sont enregistrées à l’aide d’une tablette, et les travailleurs sociaux ont la possibilité de mettre à jour les informations d’une famille au moment de leur visite. Cette fonctionnalité permet à toutes les équipes d’avoir un accès immédiat aux informations mises à jour en temps réel à mesure qu’elles sont collectées.

Etudiants du programme follow-up
rencontre avec les étudiants boursiers

Enfin, les informations peuvent également être organisées sous forme de tableaux, de graphiques et de chiffres. Cela permet notamment à la direction de BED de se faire une idée de la performance des différents projets qu’elle implémente et de constater de manière moins abstraite les progrès réalisés au fil des ans.

Mise en œuvre et avenir

Parce que BED a aussi pour vocation de faire monter en compétence son staff, plusieurs sessions de formation ont été dispensées et les équipes locales sont désormais autonomes dans l’utilisation de la base de données.

fichier illustratif de la data base
Illustration des fichiers disponibles sur la database

Bien que ce projet commence avec trois programmes (primaire, suivi et universitaire), l’objectif à long terme serait de réaliser la collecte de données pour tous les autres programmes de BED sur la base de données. En fin de compte, l’objectif principal reste d’aider l’équipe et la direction de BED à relier les informations entre les différentes tâches de collecte de données et d’améliorer la capacité de l’organisation à suivre l’évolution des bénéficiaires et des programmes au cours des années à venir.

De mon point de vue, ce fut une expérience incroyable que celle de travailler en collaboration avec chaque personne de BED pour mener à bien ce projet. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il s’agit d’un véritable apprentissage pour moi ainsi que pour tous les membres de l’équipe qui ont dû s’adapter à ce nouvel outil pour mener à bien leur travail en faveur des enfants et des familles que l’ONG soutien depuis des années.

Plus qu’un stage au Bayon, une aventure humaine

Plus qu’un stage au Bayon, une aventure humaine

La parole est donnée à François, stagiaire au programme Green farming, qui revient sur son expérience au Cambodge pendant laquelle il a mis ses compétences au service des farmers que nous soutenons.

Stagiaire au sein de l’équipe Green Farming depuis le mois d’Octobre, ma mission touche à sa fin en ces derniers jours de Mars. La transition avec Laurane, étudiante-ingénieure agronome en année de césure, s’effectue en douceur. C’est elle qui va prendre le relais pendant les 6 prochains moins et ainsi s’ériger en interlocutrice privilégiée des agricultrices.

Ce n’est pas sans un pincement au cœur que je saluerai les agricultrices une dernière fois. Conscient que ce qui était mon présent glissera lentement, au fil des jours et des années, vers un souvenir vaporeux. Je n’aurais alors que quelques photos pour faire rejaillir en moi les moments partagés avec elles, leurs rires, leurs plaintes et nos échanges. Nombreux furent les apprentissages pendant ma mission, bien sûr ils furent théoriques, pratiques, tangibles m’ayant beaucoup appris sur l’agriculture en pays tropical, sur la gestion de projet ou sur le fonctionnement d’une association. Mais ces apprentissages furent aussi moins palpables, car lorsqu’ils trouvent leur source dans les échanges informels, dans le partage et la relation avec l’autre, ils nourrissent alors l’individu et ne peuvent être retranscris dans les lignes d’un CV.

C’est ainsi que je remercie chaleureusement les personnes côtoyées pendant mon séjour, car elles aussi ont contribué à me former. Je pense aux agricultrices qui m’ont laissé m’immiscer dans leur quotidien.

Je pense à Chorvin, mon collègue dont nos échanges émaillés de rires résonneront longtemps en moi, je pense à Camille, Tintin, Romain, Sakoth ou Sreyleak.  C’est aussi et surtout par ce contact humain que j’ai appris.

2 membres de l'ONG discute avec une bénéficiaire
Formation des agricultrices accompagnées par le programme

J’ai conscience de ma chance. Celle d’avoir pu vivre six mois au Cambodge auprès de ces femmes courageuses et de ces collègues engagés. Celle d’avoir pu échapper à la période difficile que traverse l’hexagone pour plonger dans les dédales des temples d’Angkor mais surtout, celle d’être né au cœur de ce même hexagone. Car même s’il est triste ou pathétique de partir si loin pour s’en apercevoir, c’est une chance unique que l’on a. Certaines situations au Cambodge, nous rappellent, parfois brutalement, que l’existence peut-aussi être une bataille pour certaines personnes. Être directement confronté à ces témoignages ou à ces vues, sans le filtre qu’inclut l’éloignement, est quelque chose d’assez corrosif. En constatant des scènes douloureuses ou en ayant accès à l’histoire de certaines familles, en observant ces difficultés dont la multiplicité peut rendre la chose commune, on se sent attristé, affligé, impuissant et puis, égoïstement, on se rend compte à quel point nous sommes chanceux d’avoir une vie moins pénible. Alors c’est peut-être aussi pour cela, parce que notre vie est plus facile, plus simple, qu’il faut s’engager et tenter modestement, d’aider ceux qui en ont besoin.

Formation des farmers

Pour finir, je souhaite à Laurane de savourer chaque instant ici. De prendre le temps d’écouter, d’apprendre auprès des gens qu’elle rencontrera. Et je suis sur qu’elle saura parfaitement s’intégrer au Cambodge et que le projet connaitra de belles avancées pendant sa présence !

Alors bonne chance Laurane !